sandrine57

Lectrice compulsive d'une quarantaine d'années, mère au foyer.

Le fossé
21,00
13 août 2019

Robert Walter est un homme comblé. Maire d'Amsterdam, il est apprécié de ses administrés qui aiment sa sincérité, son naturel, son éloquence. Ses fonctions lui permettent de côtoyer les grands de ce monde, il dîne avec Obama, plaisante avec Hollande. Côté vie privée, tout va bien aussi. Il forme un couple uni avec sa femme Sylvia qu'il adore tout autant que sa fille Diana. Pourtant, cette belle harmonie s'envole lors de la traditionnelle soirée du Nouvel an donnée par la mairie. Là, il aperçoit Sylvia riant aux éclats avec Maarten Van Hoogstraten, son adjoint le plus insignifiant. Maarten n'est ni beau, ni drôle, ni charismatique. Qu'a-t-il bien pu raconter à Sylvia pour la faire rire de la sorte ? Et n'ont-ils pas eu l'air gênés quand, mine de rien, il les a rejoints ? Robert s'interroge, Robert se met martel en tête, Robert est jaloux, Robert est certain que Sylvia et Van Hoogstraten ont une liaison. Pourtant, rien chez sa femme ne laisse entrevoir qu'elle le trompe, qu'elle aime ailleurs. Ne serait-ce pas une ruse de son épouse qui fait tout pour paraître normale, trop normale, alors qu'elle le trahit ? Au fil des jours et de son imagination galopante, Robert perd pied. De plus en plus soupçonneux mais trop couard pour crever l'abcès, il laisse un fossé se creuser entre lui et Sylvia.

Le terme est souvent galvaudé mais on peut l'affirmer sans mentir : lire un roman d'Herman Koch est une expérience jubilatoire. Avec cynisme et une pointe d'humour (noir), il malmène ses concitoyens, surtout les notables bien sous tout rapport dont il met à jour les failles et les mauvais penchants. À l'exemple de Robert, le jovial maire d'Amsterdam, mari et père comblé et fils dévoué d'un couple de nonagénaires dont il est toujours proche. L'homme est sympathique, tolérant et ouvert, d'ailleurs sa femme n'est pas néerlandaise. Pourtant, il suffit d'un soupçon sans véritablement fondement pour que tout dérape. Il n'a plus confiance en cette femme qui vient d'un pays culturellement très éloigné des Pays-Bas. Comment peut-elle le trahir alors qu'il a eu la bonté de l'aimer et de l'accueillir en Europe ? Sous ses remarques acides se tapit un racisme dont il se défend avec pour meilleure preuve son choix marital. Mais Koch sait faire apparaître le vrai visage de son personnage tout en contradictions. Outre ses supposés problèmes conjugaux, l'édile doit aussi faire face au désir d'en finir de ses parents. À 90 ans, ils estiment que leur temps est fini et qu'il faut mettre un terme à une vie qui inévitablement va se dégrader. Ils ont prévu de se suicider avant d'être dépendants et amoindris. Mais là encore l'auteur réserve quelques surprises de taille quant à l'issue de ce projet.
Surprenant, souvent drôle et très politiquement incorrect, "Le fossé" se moque d'une société hollandaise propre sur elle, écolo jusqu'à l'absurde, libre mais pas libérée. Une lecture divertissante mais qui sait aussi faire réfléchir.

Lou ! - Tome 08, En route vers de nouvelles aventures

En route vers de nouvelles aventures

Glénat BD

10,50
2 août 2019

Constamment entourée par sa famille et ses amis, Lou a besoin de se retrouver seule pour faire le point sur sa vie. Le temps d'un road-trip, la jeune fille va découvrir de nouvelles villes, de nouveaux visages et se confronter aux grandes questions existentielles qu'elle se pose.

Retour aux fondamentaux pour Julien Neel qui renoue avec un scénario plus cohérent et des dessins plus soignés. Si les fameux cristaux qui avaient laissé les lecteurs plus que perplexes sont évoqués, c'est juste pour signaler leur disparition (aussi inexpliquée que leur apparition d'ailleurs). Malgré cela, ce tome reste faible. Lou voyage, fait la fête, rencontre un chien, pense à sa mère, à son enfance et rentre chez elle. Rien de bien palpitant... Heureusement, Neel a soigné ses décors et on retrouve avec bonheur ses dessins pastels, soignés et précis. Après le flop des deux derniers albums, celui-ci fait du bien même si on en attendait un peu plus. Un cycle s'achève, espérons que la suite saura être à la hauteur.

Ni d'Ève ni d'Adam, roman

roman

Le Livre de Poche

6,30
30 juillet 2019

En 1989, Amélie revient au Japon après seize années d'absence. Elle avait 5 ans quand elle a quitté ce pays où elle est née pour suivre ses parents en Belgique. C'est avec jubilation qu'elle retrouve sa terre natale et qu'elle prononce ses premiers mots dans un japonais un peu rouillé. Pour s'améliorer et rencontrer des autochtones, il lui semble que donner des cours de français est la meilleure des solutions. Son premier élève est Rinri, un jeune homme de son âge, bien sous tous rapports, qui très vite l'intègre à son cercle d'amis, tombe amoureux d'elle et lui demande sa main. Désormais fiancée, Amélie vit un véritable choc des cultures. Sa façon de lui faire la cour, les dîners en famille ou en tête-à-tête, les week-end en amoureux, elle doit assimiler tous les codes d'une relation avec un Japonais. Et pendant qu'elle profite du pays, escalade le Mont Fuji, maîtrise de mieux en mieux la langue, trouve même un emploi, Rinri pense au mariage. Amélie temporise mais, un matin, par inadvertance, elle dit oui. La jeune fille est piégée ! Comment se sortir de cette situation délicate ?

C'est l'histoire d'Amélie Nothomb, fictive ou inventée, en terre nippone. Elle vit des aventures nippones, déguste la cuisine nippone, visite des villes nippones, pratique la langue nippone, fréquente des Nippones et des Nippons, travaille dans une entreprise nippone, est fiancée à un Nippon. Bref, à elle la belle vie nippone.
À part ce manque flagrant de vocabulaire et quelques clichés enfilés comme des perles sur la culture et les mœurs japonaises, on découvre aussi ses qualités d'alpiniste émérite et sa profonde lâcheté. Le pauvre Rinri fait d'ailleurs les frais des deux facettes de sa personnalité. Il souffre sur le Mont Fuji et il souffre d'un amour non payé de retour.
Comme tous ses romans, celui-ci se lit très vite et évite le naufrage grâce à l'humour et l'auto-dérision de l'auteure belge. Rien d'extraordinaire.

L'amie prodigieuse, IV : L'enfant perdue, Maturité, vieillesse
9,00
29 juillet 2019

Pour vivre pleinement son amour avec Nino, Lena n'a pas hésité à quitter mari et enfants. Auteure reconnue, elle multiplie les conférences et les séances de lecture aux quatre coins de l'Italie et même en Europe, à seule fin de se ménager des escapades avec son amant. Sans souci du sévère jugement de sa mère ou des mises en garde de Lila, la jeune femme ne songe plus qu'à s'installer avec Nino qui la veut près de lui à Naples. Mais Lena n'est pas prête à retrouver cette ville qu'elle a fuie sans désir de retour. Naples l'étouffe, Naples l'enferme dans son passé, Naples lui fait peur. Et à Naples, il y a Lila... Les deux amies ne se fréquentent plus guère. Même si Lila, installée dans le quartier de leur enfance, ne cesse de la relancer, Lena fait la sourde oreille, soucieuse de son indépendance, de sa liberté retrouvée, de son bonheur...

Avec "L'enfant perdue", Elena Ferrante clôt en beauté sa magistrale saga napolitaine. Même si les deux amies sont un temps séparées, on y retrouve tout le sel de cette amitié particulière avec en toile de fond les évènements qui ont secoué l'Italie au fil des années. Pour Lena, toute tentative de rébellion a été étouffée par les contingences de la vie domestique et, avec la maturité, viennent la prudence et des positions politiques moins tranchées. L'auteure se veut toujours de gauche et prête à défendre la cause des femmes, mais elle préfère éviter les polémiques. Plus téméraire, Lila a prouvé par les actes que les femmes peuvent sortir de leurs cuisines. À la tête d'une entreprise innovante, elle est devenue une figure respectée du quartier qu'elle tente de libérer du joug des frères Solara.
Lena et Lila vont finir par se retrouver, partager à nouveau ce lien étrange, fait d'amour, de haine, de rivalité, d'envie. Pour le meilleur et pour le pire.
Pertes, deuils, trahisons... rien ne leur sera épargné et chacune va devoir vieillir avec ses blessures.

Le dimanche des mères
27 juin 2019

Angleterre, 30 mars 1924. La campagne du Berkshire verdoie sous un soleil qui se donne des airs de mois de juillet. Sans doute pour se mettre au diapason de cette journée particulière qu'est le dimanche des mères. En effet, en ce dernier dimanche de mars, les aristocrates du comté accordent, par tradition, une journée de congé à leurs jeunes bonnes afin qu'elles puissent rendre visite à leur mère. Privés de leurs employées, ils ont, pour leur part, décidé d'organiser un pique-nique chez les Hobday, sorte de prélude aux futures noces entre leur fille Emma et le beau Paul Sheringham.
Chez les Niven, comme ailleurs, on se prépare pour cette radieuse journée. Peut-être avec moins d'enthousiasme que par le passé, quand les fils de la région étaient encore de fringants jeunes hommes appelés à un brillant avenir, quand la guerre n'avait pas encore privé les grandes familles de leurs héritiers. Milly, la cuisinière, compte prendre le train pour aller voir sa mère. Mais que va faire Jane qui est orpheline ? Une promenade à bicyclette dans la campagne ? Une journée de lecture dans la bibliothèque de Monsieur Niven ? Alors qu'elle hésite, un coup de fil vient décider de son programme. Paul, le futur marié, l'invite dans le manoir familial pour une après-midi d'amour. Pour la première fois, elle pourra entrer par la grande porte. Pour la première fois, elle pourra découvrir la chambre de son amant. Pour la première fois, elle disposera de la maison quand il partira rejoindre sa fiancée. Tant de premières fois pour ce qui sera sans doute leur dernière étreinte...

Une journée particulière dans la vie d'une jeune fille qui s'en souvient encore dans les moindres détails quelques soixante années plus tard. Une journée fondatrice, une parenthèse hors du temps, une récréation... Soleil, langueur, paresse, sensualité, sexe et drame, pour un moment de lecture envoûtant, une ode à la femme, belle, désirable et libre. À la littérature aussi. Celle de Conrad, de Stevenson, dite "de garçons" et que Jane aime à découvrir. De la passion de la lecture à la passion de l'écriture... un cheminement né peut-être par une chaude journée de 1924, quand le temps s'est arrêté, la laissant seule pour réfléchir, se chercher, se trouver.
Roman d'un amour interdit mais surtout roman de la liberté, du choix, de l'appétit de vivre. Un livre lumineux, poétique, vivifiant.