Clara

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Une lectrice du bout du monde (ou presque) qui aime la vie et forcément les livres. Et un blog où je partage quelquefois mes lectures : http://claraetlesmots.blogspot.fr

Nomadland
22,00
20 mars 2019

"Il y a toujours eu des itinérants, des vagabonds, des bourlingueurs, des âmes errantes incapable de tenir en place. Mais aujourd'hui, au vingt et unième siècle, on assiste à l'émergence d'une nouvelle tribu de voyageurs. Des gens qui n'auraient jamais pensé devenir nomades un jour se retrouvent bien malgré eux sur la route. Ils sont obligés de quitter leur maison ou appartement pour vivre dans ce que certains appellent des "résidences sur roues" : vans, campings-cars d’occasion, bus scolaires, campers 4 X 4, mobile homes et même bonnes vieilles berlines."

Alors qu'ils ont atteint ou dépassé l’âge de leur retraite, ils n'ont plus rien ou presque. Touchés de plein fouet par la crise financière de 2008 aux États-Unis, ces hommes et ces femmes sont sans adresse fixe. Ils passent leur temps à sillonner le pays à la recherche de boulots temporaires dans des campings ou des entrepôts géants (et les avantages pour les employeurs sont nombreux).

La journaliste Jessica Bruder s’est intéressée à ces travailleurs nomades. Durant trois ans, elle a côtoyé Linda et bien d’autres qui sont devenus nomades par contrainte. Une petite pension, des économies envolées et quelquefois un accident de la vie les a fait basculer dans la précarité.
Avec les difficultés qu'ils rencontrent, ils sont les rois de la débrouille, ils échangent des bons plans sur des forums dédiés (où avoir du Wifi gratuitement ? comment se doucher à moindre coup par exemple ?) et la solidarité entre eux n’est pas un vain mot. Jessica Bruder aurait pu se contenter de les rencontrer mais elle a partagé avec eux plusieurs mois en immersion totale avec un travail éreintant dans des conditions de vie spartiates.

Cette lecture se révèle édifiante et très intéressante car Jessica Bruder a creusé le sujet mais j'aurais préféré cependant un livre un petit plus resserré (je chipote un peu).
Si on est bien loin du rêve américain, ces travailleurs nomades gardent malgré tout l'espoir de jours meilleurs et gardent la tête haute. Pétillante avec un optimisme à toute épreuve, Linda en est bien la preuve.
À lire incontestablement !

https://claraetlesmots.blogspot.com/2019/03/jessica-bruder-nomadland.html

Retour à Budapest
20,00
18 mars 2019

Pour son anniversaire, Astrid se voit offrir un week-end à Budapest par son amoureux Paul. Rien que tous les deux. Mère divorcée et médecin, elle a rencontré Paul à l’hôpital venu en consultation. Leur relation est assez récente avec son lot de questions. Si Astrid est née en Allemagne de l’Est et qu’elle y a grandi, Budapest ne lui est pas inconnue. Et dans cet hôtel au charme suranné que Paul a réservé, elle croit reconnaître Julius son grand amour de jeunesse.

Avec de subtils allers-retours, on découvre une autre Astrid et une autre époque. Une jeune fille insouciante et amoureuse, un climat où la suspicion régnait et où Berlin-Ouest était synonyme de liberté et de consommation. Tout est dépeint avec des nuances et des ambiances palpables. L’auteur ne se s’en tient pas à la description d’une époque révolue avec ses tensions. Avec beaucoup de finesse, le personnage assez énigmatique d'Astrid se dessine. D'un caractère entier, elle a pourtant des doutes concernant sa nouvelle vie de couple et ses sentiments.
Et tout est absolument très bien rendu ! L’écriture très sensorielle et sans effusion de démonstration des sentiments capte parfaitement l'amitié, l’amour, la vie de couple et l'atmosphère. On est immergé dans ce roman entre Budapest d'aujourd'hui et Berlin-Est où l'auteur ne donne pas d'emblée toutes les réponses à nos questions. Gregor Sander souligne à merveille les ambiguïtés des souvenirs, les disparités d'une jeunesse devenue adulte avec un brin de mélancolie. Une très belle découverte et un plaisir de lecture !

https://claraetlesmots.blogspot.com/2019/03/gregor-sander-retour-budapest.html

Orange amère
22,50
15 mars 2019

Albert Cousins s'incruste au baptême de Franny âgée de quelques mois pour échapper à sa femme et à ses enfants sous prétexte que le père est une connaissance éloignée de son travail. Quelques verres de gin plus tard, il tombe amoureux de la maîtresse de maison Beverly. Bert et elle quittent leur conjoint respectif et s’installent en Virginie avec les deux filles de Beverly. Les quatre enfants de Bert viennent leur rendre visite durant les vacances. Mais comme Bert n'a pas trop la fibre paternelle et que Beverly supporte assez mal d’avoir avoir à gérer ses beaux-enfants en plus des siens, ils s'occupent tous les six comme ils le peuvent.

Des années plus tard, on retrouve Franny qui a abandonné ses études en fac de droit et qui est barmaid. Un soir de service, elle voit arriver Leon Posen, un romancier reconnu, qui n'a rien publié depuis longtemps. De fil en aiguille, ou plutôt de chaussures en whisky (lisez le roman et vous comprendrez), Franny devient sa maîtresse. Mais surtout, elle lui a raconté l’histoire des deux familles dont il a écrit un livre au succès retentissant. Même si Bert et Beverly se sont séparés, certains des enfants de cette famille recomposée sont restés en contact. Tous ont été marqués par la mort accidentelle d'un des enfants de Bert survenue quand ils étaient enfants.
Distillant au fur et à mesure des éléments de l’histoire, Ann Patchett nous embarque dans un roman non linéaire dans le temps, sur plusieurs dizaines d'années. Si l'on suit principalement Franny, l’angle de narration permet de suivre également les autres personnages.

Des deux couples défaits et de leurs enfants, l’auteure se focalise sur les liens entre les enfants. L'amertume, l'incompréhensions, la solitude ou les regrets mais aussi la recherche d'une construction identitaire ont jalonné les parcours.
Et sous des airs faussement légers, ce roman est bien plus profond qu'il n'y paraît.
Exploitant les thèmes de la famille et des relations entres frères et soeurs, c’est relevé avec des touches d'humour et d'ironie désabusée, la construction est épatante et je me suis régalée !

"Vous n'avez jamais eu envie d'être écrivain?
- Non, dit-elle, et sinon elle le lui aurait dit. J'ai toujours voulu être une lectrice."

https://claraetlesmots.blogspot.com/2019/03/ann-patchett-orange-amere.html

I am, I am, I am
13 mars 2019

Si au départ, j’ai cru qu’il s’agissait d’un recueil de nouvelles car la forme laissait à l’imaginer et bien j’ai eu faux. Dans ces dix-sept chapitres comme autant de nouvelles, Maggie O’Farrell relate dans ce livre des épisodes de sa vie durant lesquels la mort a tenté de s'inviter.

On frémit, on a le cœur qui s’accélère ou qui se serre mais surtout on ressent viscéralement chaque émotion par l'intensité si juste. Maggie O’Farrell parvient tout autant à capter qu'à retranscrire des événements très marquants tout en restituant à la perfection son état d'esprit. Des événements où l'on trouve une mauvaises rencontre, une maladie grave qui lui a laissé des séquelles, des accidents, une fausse couche, un accouchement très compliqué entre autres.
Il n'est nullement question de sensationnalisme, de complainte ou d’auto-apitoiement. En détaillant ses ressentis et le contexte, elle nous immerge dans ses récits. Ferré par l'écriture, on est subjugué par l'appétit de vivre, chahuté ou bouleversé par la puissance des propos, et l'on sourit à sa capacité de se concevoir chanceuse. Et si elle nous fait part de l'incompréhension froide de certains médecins ou des remarques blessantes entendues, des gestes bienveillants ont été de véritables baumes.

De ses expériences personnelles, elle a su transmettre avec finesse et sensibilité l’essence même de ces intervalles de temps. La grande force de ce livre est que l'intime s'efface pour révéler les sentiments propres à l'adolescente mais aussi ceux de la femme et de la mère qu'elle est devenue.

Avec un sens profond de l’observation, une précision des mots et du détail qui nous agrippe et qui nous embarque, Maggie O’Farrell décrit avec une acuité incroyable des scènes d’un réalisme foudroyant. Une lecture vibrante par sa force et par sa qualité.

"Je me rends compte que je suis encore en train de vivre ce phénomène que je connais depuis toujours. Cette sensation de recevoir un choc, de vivre une situation surréaliste, un peu comme une impression de déjà vu. Tout se passe comme s'il me manquait brusquement plusieurs couches de peau, comme si le monde était soudain plus près de moi, plus tangible que jamais."
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Deux sœurs
17,00
11 mars 2019

Mathilde s’effondre littéralement quand Étienne la quitte. En couple depuis cinq ans, ils avaient pourtant le projet de se marier. Courageusement, elle essaie tant bien que mal de se raccrocher à son métier de professeure de français qu’elle aime tant. Sauf qu'Étienne a rompu pour renouer avec son ancienne petite amie. C'est la goutte d'eau pour Mathilde qui sombre dans la dépression. Mise à pied pour avoir giflé un élève, sa sœur Agathe lui propose de venir s’installer chez elle.

Mariée et jeune maman, Agathe est là pour la réconforter et lui apporter son soutien. D’ailleurs avec son mari, le couple fait absolument tout pour que Mathilde aille mieux. Pour que la cohabitation dans le petit appartement se passe au mieux, ils essaient d’arrondir les angles. Mais les jours se transforment en semaines. Tantôt mélancolique tantôt donnant l’impression de remonter la pente, Mathilde s’éternise en abusant de la gentillesse de sa sœur et de son beau-frère. Le bonheur si parfait d'Agathe l'agace et laisse place à de la jalousie sournoise.

Après une première partie sur la rupture qui traîne en longueur, la suite se devine trop facilement.
Ce roman n'est pas déplaisant avec de jolies réflexions mais pour moi, il manque terriblement de relief. Je l'ai refermé avec le sentiment d'une histoire survolée et d'un épilogue très prévisible. Dommage.

https://claraetlesmots.blogspot.com/2019/03/david-foenkinos-deux-surs.html