Fondée en 1927, la librairie Richer met à la disposition de ses clients 85 ans de savoir-faire. Une surface de vente de 1200m2 qui propose un fonds riche en qualité et varié en nombre de références représentant toutes les spécialités de librairie.

Elizabeth P.

17 juin 2021

Un livre que je ne voulais pas lire.
Pas envie de tomber dans le voyeurisme.
Je l'ai pris plusieurs fois en mains puis reposé.
Et puis, il y a quelques temps, j'ai lu « Et soudain la liberté » où Evelyne Pisier raconte sa vie, son enfance et son adolescence.
Une femme que j'ai admirée, en la lisant, pour son indépendance, son intelligence.
Je l'ai trouvée vraiment sympathique.
Et j'ai eu envie de comprendre où ça avait dérapé.

Le récit de Camille Kouchner dédie les cinquante premières pages à sa mère, confirmant l'impression que j'avais ressentie.
C'était une femme hors du commun.
Une mère fantasque, intelligente, drôle, libertaire.
La familia grande, c'est toute une cohorte d'amis qui se joignent à la famille notamment chaque été à Sanary, chez les Duhamel.
Tout un petit monde libéral où permissivité, libertinage, absence de limites font loi.
Pour Camille, une belle enfance de liberté, de complicité avec sa mère.
Jusqu'au jour où son frère lui parle des attouchement de leur beau-père qu'ils adorent.
Il lui demande cependant de se taire, et ce silence va la détruire.
Quand bien plus tard, adulte et mère à son tour, pour se libérer de son silence et de sa culpabilité, elle se décide à en parler à Evelyne Pisier,
la réaction n'est pas ce qu'elle attendait.
Et de ce jour, en plus du poids qui continue à la miner, le manque de sa mère alourdit le fardeau.
Elle écrit alors ce livre.

Il pose deux questions essentielles
Celle de l'éducation d'abord
Deux extrêmes à éviter où il est difficile à un enfant de devenir une adulte équilibré.
L'éducation rigide, stricte, interdisant, ordonnant, castratrice
Et l'éducation trop permissive, où rien n'est tabou, où les règles deviennent floues
Et puis la question de cette génération de post-soixante-huitards qui eux aussi ont perdu leurs repères, ont jeté aux orties la
morale d'antan, ont fait tout et n'importe quoi sans barrières, sans limites.
Des déviances qu'on s'autorise, plus faciles encore à cacher dans un milieu intellectuel et fortuné où la notoriété est un aval.

Ce livre que je ne m'attendais pas à trouver si touchant.
Camille Kouchner raconte avec amour, avec délicatesse, avec justesse, avec toute sa souffrance enfouie depuis si longtemps.
Tout transparaît dans son écriture.
Elle réussit pourtant à faire la part des choses.
Elle m'apparaît comme une petite fille de 45 ans brisée.
Je souhaite vraiment que ce livre lui permette de se réparer, de se retrouver.

Lucas Noveze

Le Lys Bleu

23,40
16 juin 2021

Lucas est une jeune homme borderline.
Traumatisé par un manque d'enfance et des relations familiales bizarres, il erre de bar en bar, se drogue, se cherche, ne se trouve pas.
Il y a tant de fantômes en lui.
Et ses doutes permanents qui empêchent ses choix.
Heureusement, il y a l'amitié indéfectible de Guillaume.
Il y a surtout la rencontre avec Chloé, puis avec Quentin.

Le début de ce roman est très lourd, très noir.
On navigue dans les milieux interlopes.
À chaque page, c'est multitude de joints, de rails de coke, de vodka...
Lucas se complet et se perd dans des ambiances malsaines, espère trouver l'oubli, ne trouve que le mal-être.
J'ai retrouvé un peu le même esprit que dans « Les nuits fauves » qui m'avait laissé un si profond malaise.
Mais heureusement, Lucas a des points de repère : la chambre et le toit où sa sœur Mila et lui se réconfortaient, Guillaume, Yembe un épicier africain sage et bienveillant...
Lucas est parfaitement lucide sur sa personne
Heureusement il a beaucoup d'humour et des ressources enfouies qui lui maintiennent la tête hors de l'eau.
J'ai commencé à vraiment apprécier ma lecture à partir du moment où il a rencontré Chloé.
L'histoire devient moins oppressante, moins négative.
On sent poindre l'espoir.

Tout cela est parfaitement bien écrit.
J'ai apprécié l'élégance du style, la fluidité de l'écriture.
La finesse de l'auteur pour traduire la lose la plus noire comme la vie qui sort du tunnel pour atteindre la lumière.
Il est aussi crédible pour traduire l'un et l'autre.
Les dialogues sont d'un ton très juste.
Il a su rendre ses personnages touchants et attachants.

Le côté guide touristique de Paris m'a un peu agacé.
Toutes les rues qu'arpentent les personnages sont citées. Mais, bon, ce n'est qu'un détail qui ne gâche en rien la qualité du livre.
Donc un très bon roman dans lequel je suis rentrée un peu à reculons, mais que j'ai de plus en plus aimé au fil des pages.
Une belle découverte.

20,00
15 juin 2021

Caroline est avocate, Antoine travaille dans le cinéma.
Six ans, c'est le temps qu'ils ont vécu ensemble.
Vingt-huit jours, c'est le temps qu'ils ont passé en Grèce, deux ans après leur séparation.
Un mois idyllique.
Mais que cache Antoine ?

Ah, voilà une bien belle et originale histoire d'amour.
Avec chacun leur personnalité bien affirmée, on se prend pratiquement d'amitié pour ces deux personnages.
L'histoire est originale et la fin surprenante, je ne m'attendais vraiment pas à ça.
Les courts chapitres sont alternés entre Caroline et Antoine, ce qui rend le texte fluide et aéré.
Et ça donne une résonance entre les deux voix.
Les deux points de vue sont mis en évidence.
On perçoit la certitude de chacun face à l'existence, à la naissance, à la mort.
Chacun exerce sa force et son influence sur l'autre, et en même temps, il y a une partie insondable de chacun que l'autre ne connaîtra jamais.
Et au final, on se rend compte que nos certitudes ne sont en fait pas si certaines que ça.
On sent que c'est une écriture masculine à certains mots, certaines tournures de phrases, certaines perceptions.
Mais cela n'empêche pas une belle approche de la psychologie féminine.
Le style est affirmé et on se laisse embarquer sans aucune réticence.
Ce roman, c'est l'histoire d'une très belle relation amoureuse où le temps qui passe a son importance.
C'est aussi une profonde réflexion sur la vie et sur la mort.
De toute évidence, c'est un premier roman très prometteur qui j'espère sera suivi d'autres.

Éditions Gallmeister

26,40
11 juin 2021

Betty, c'est la mère de l'auteure dont il s'inspire pour nous raconter son enfance dans les années 60 à 70.
Un très bel hommage à sa mère, cette petite métisse à l'enfance particulière, sixième de huit enfants.
Si tout fut loin d'être facile, racisme, pauvreté, deuils, inceste..., tout fut magique en même temps.
Magique grâce à son merveilleux père cherokee qui baigna ses enfants d'amour, de rêve, d'enchantement.
Un père splendide qui leur offrit plus que tout argent pourrait offrir.
Une mère un peu absente, blessée par son passé.
J'ai beaucoup aimé Betty, son père, ses sœurs et ses frères (sauf un).
J'ai beaucoup aimé la vie de cette petite fille.
La solidarité familiale et l'amour font des miracles.
Ce fut le cas pour Betty.
L'auteure raconte avec une grande tendresse.
Sans doute tient-elle ses talents d'écriture de sa mère qui adorait écrire.
Par contre, j'ai trouvé souvent que c'était long.
Bien qu'intéressée et émue, j'étais pressée d'en finir.
716 pages en petits caractères, ce n'est pas rien.
Et pourtant en même temps j'aurais aimé continuer pour savoir comment Betty poursuivait sa vie.

19,90
5 juin 2021

Dystopie

« Une dystopie est un récit de fiction dépeignant une société imaginaire organisée de telle façon qu'il est impossible de lui échapper et dont les dirigeants peuvent exercer une autorité totale et sans contraintes de séparation des pouvoirs, sur des citoyens qui ne peuvent plus exercer leur libre arbitre. Wikipédia »
Et voilà un parfait résumé de cet excellent livre.
Cybèle, Noran, Rome, Vivi.
Quatre femmes à la vie différente vont illustrer la résistance face à la dictature qui mène le pays, réduisant une partie de la population à l'obéissance.
C'est sombre, noir, angoissant, mais tellement bien écrit.
Un style impeccable.
De nombreux poèmes par l'entremise d'un des personnages, réussissent à embellir la situation.
Bien qu'on soit heureusement loin d'en être là, on ne peut s'empêcher de faire certains parallèles.
« À la télé aujourd'hui comme dans le cinéma, c'est la même merde : propagande officielle et éloge de la bêtise érigée en philosophie morale. D'un côté comme de l'autre vous devez abjurer toute intelligence, tout art et vous en tenir aux directives des chiens de garde du conseil. »
ou encore
« Ils ont brisé toutes les solidarités. Ils ont mis en concurrence les salariés entre eux, les jeunes contre les vieux, les hommes contre les femmes, les Blancs contre les Noirs, les jaunes, les n'importe quoi contre tous. Ils voulaient le chaos, l'amnésie, la confusion mentale pour qu'aucune force ne soit capable de s'opposer à eux. »
De nombreux sujets sociétaux sont exprimés dans cette histoire extrême.
Privation progressive des libertés (accentuée par la crise sanitaire), répression des rassemblements (gilets jaunes)
Je lis rarement des romans d'anticipation, mais là je dois reconnaître que j'ai été complètement captivée, complètement bluffée.
On sent l'engagement de Gérard Mordillat et cette fiction est à mon sens une grande réussite.