La diva aux longs cils, poèmes
EAN13
9782246762713
ISBN
978-2-246-76271-3
Éditeur
Grasset
Date de publication
Collection
LITTERATURE FRA
Nombre de pages
361
Dimensions
24 x 16 x 0 cm
Poids
632 g
Langue
français
Code dewey
841
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La diva aux longs cils

poèmes

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Édité par

Grasset

Litterature Fra

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Divaesque

(Interview de l'auteur par lui-même)

– ... c'est le bénéfice immédiat de la poésie, ce cosmopolitisme. Elle est si rare et en même temps si dure que, à peine publiée à Paris, elle est connue à San Francisco. C'est une diva naine. Naine, mais diva. Les poètes inconnus...

– Je ne crois pas qu'il existe de poètes inconnus. Même Frank O'Hara, que je lis ces jours-ci, et dont l'allégresse, l'intelligence et l'humour me ravissent.

– O'Hara l'auteur de Rendez-vous à Samara ?

– Celui-là, je crois que c'est John. Il voulait le prix Nobel, à la place il a eu Elizabeth Taylor, qui a joué dans l'adaptation de son roman Butterfield 8, La Vénus au vison. C'est en partie à cause de ce titre que ce livre-ci, que notre conversation précède, s'appelle La Diva aux longs cils. Ce que pourrait être la poésie, quelquefois, au lieu de la pincée à cheveux rêches qu'elle est trop souvent. Et merci d'avoir saboté mon effet en prononçant le mot “diva” avant moi. Je le dis sans ironie. Le coup de théâtre, par sa grossièreté, n'est souvent qu'un coup sur le théâtre. Mon O'Hara, c'est Frank. Conservateur au musée d'Art moderne de New York, tué à 40 ans par une voiture de plage, en 1966. Si je lis ses Selected Poems avec tant de plaisir, c'est en partie grâce à l'édition, un poème par page et un choix excellent. Les Collected Poemsétaient collected, c'est-à-dire comprenant tout, le moins bon comme le bon – ce qui n'est admissible que pour les génies qu'on a lus six fois ; aussi, dans La Diva aux longs cils, tu trouveras, après deux séries de poèmes inédits, un choix que Patrick McGuinness a savamment fait dans les volumes précédents. Je suis si loin de ce que j'étais que je n'en aurais pas été capable. Ou je ne l'aurais été que trop.

– Ton comportement envers toi-même est une preuve que tu es contre la tradition.

– Je l'ai toujours dit ! Plus je vieillis, moins je supporte les lectures simples. Quand on a trop lu ou trop vécu, on n'aime souvent plus que le provocateur, le fort, le faisandé. C'est ainsi que je sors enchanté du “Dernier amour de Don Juan” de Barbey d'Aurevilly ; non du bonheur épanoui que peut donner Stendhal (à qui Barbey ressemble tant), mais d'un plaisir de connaisseur pour une liqueur forte et bien fabriquée. Ça manque de naïveté, ça ne veut d'ailleurs pas en avoir, c'est méchant comme le catholicisme, les prêtres et le dogme dont il est plein (ah qu'il ressemble peu à Stendhal !), mais quel génie ! En suivant j'ai essayé de lire son “Bonheur dans le crime”, mais trop de faisandé à des temps proches ne satisfait pas le goût. Cela paraît juste un pittoresque épouvantable.

– Ah que lire est difficile !

– Mais je crois ; ça n'est pas consommer. Un autre bien des Selected d'O'Hara est que, au contraire des Collected, ils ont de plus larges marges et sont imprimés séparément. Autant la prose supporte le serré, le compact, le négligé, car c'est ainsi qu'elle est, un lad dans des culottes trop grandes et qui garde de la paille du box dans les cheveux, autant la poésie est un adolescent insolent et délicat qui a besoin d'un grand salon et d'air pur. De plus, étant plus parfaite (plus achevée) que la prose, plus proche de la sculpture, en quelque sorte, sa mise en page compte plus (et je ne parle pas des poèmes jouant sur la typographie). La poésie supporte mal les vêtements étriqués. Je ne pense pas tout à fait que le Coup de dés soit moins bon dans l'édition de poche, qui, en réduisant les espaces, écrase les nuances que Mallarmé laisse deviner dans l'édition en grand format, mais le lecteur s'y tue à retrouver ce qu'il lui avait délicatement suggéré. Dans La Diva aux longs cils...

– En parlant des autres tu parles de toi, sans doute ?...

– Oh ! je ne crois plus à l'universalité du moi, cette bonne excuse du narcissisme. “Parce que je dis ‘je' on croit que je suis subjectif.” (Proust, lettre à Henri Ghéon, 2 janvier 1914.) J'ai failli placer cette phrase en épigraphe de l'Encyclopédie capricieuse du tout et du rien, mais c'est un livre dans lequel, il me semble, et si je peux le dire, j'ai dépassé l'étape romantique, où demeurait Proust, de croire que le moi est universel. Je ne sais pas si cela se voit, parce que la chose est advenue en cours d'écriture. Mes livres sont en retard sur moi.

– Tes livres sont mieux que toi !

– Je l'espère. Et puis moi, tu sais... Je donne aux gens l'impression que ça m'intéresse, craignant qu'autrement ils ne me piétinent, mais je préfère les autres.

– Ça va, ça va. Pour moi, je serais plutôt pour l'exclusion. “Toute civilisation est fondée sur l'exclusion” (Alberto Savinio).

– Et, étant du signe de la balance, tu changeras d'avis après avoir savouré celui-ci. Ce que dit Savinio est intelligent, sans doute, mais pas si fin. C'est de la pensée d'irritation. De la pensée contre. Et c'est la pensée d'à côté (comme la poésie) qui finit par gagner. Ce qu'elle a de déplorable, c'est le chouinement. La poésie se plaint trop. Quel manque de fierté, alors !

– C'est sa forme d'orgueil, sans doute. L'orgueil est prêt à tout subir pour réussir, tandis que la fierté fait des cambrés maladroits et charmants.

– La poésie parle généralement trop de la poésie, comme le théâtre du théâtre (lui moins), le roman du roman (encore moins). C'est en fonction de l'isolement du “genre”, j'imagine, et de l'habitude d'y réfléchir. Les romanciers ne sont pas très intellectuels, en général.

– La poésie contemporaine n'a-t-elle pas échappé au grand public en abdiquant la chanson à la chanson ?

– La privation peut engendrer l'exploit.

– Ce que certains reprochent à la poésie, c'est le vrac, que le mot “recueil” désigne d'ailleurs bien.

– Ce n'est pas dans les coffres qu'on découvre les trésors ?

– L'amusant est que ceux qui font ce reproche sont les prosateurs les plus désordonnés, comme Gombrowicz.

– J'aime bien, depuis quelques années, que mes livres de poèmes aient une unité. Les avions et ce qui s'y rapporte, dans À quoi servent les avions ?, les yeux (“Musée des yeux”, En souvenir des long-courriers), les nageurs, dans Les nageurs. Cette tentative de limitation permet, me semble-t-il, de mieux fouiller une sensation. Sans cette insistance, je n'aurais pas découvert sur le désir des choses qu'il m'a semblé découvrir dans Les nageurs.

– “Sans digue, l'eau s'étale. Ce qui me limite est ce qui fait monter mon niveau.”

– Qui a dit ça ?

– Toi, imbécile !

– J'imitais ces auditeurs charmants qui, quand nous avons dit quelque chose de pas trop bête, ne peuvent pas imaginer qu'elle soit de nous.

– Tu te rappelles combien tu as été irrité quand on t'a rapporté qu'Auberon Waugh, le fils d'Evelyn Waugh, qui dirigeait la Literary Review, avait raillé le fait que tu écrives de la poésie ?

– J'ai manqué d'esprit, mais j'en ai trop. Tu vois ce que je veux dire. Comment ? Tu préfères que je le dise ?... Eh bien, par exemple, ce chat que je viens d'avoir avec Guilhem Constans et où j'ai trouvé, en cinq minutes, le moyen de lui dire, sur une habitude qu'il a, qu'elle avait engendré le proverbe :“Il importe d'être Guilhem” ; puis, comme il me demandait si je cherchais du divertissement pascalien :“Oui, dans l'infini des draps” ; et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'il me réponde : “Tu as toujours le dernier mot...” Gentiment, avec les points de suspension. Après lui avoir demandé pardon, je n'ai pas pu m'empêcher d'ajouter : “Je te laisse pour aller faire un bon mot auprès du bourreau. Je lui couperai la parole et lui me coupera le cou.” Dieux de l'Olympe, comme je m'entends à tenir à distance par mes paroles ! Moi qui ne suis que tendresse ! Qu'on me saute au cou !

– Ce sera pour mieux t'étrangler, mon enfant.

– Je l'ai trop longtemps cru. Qu'on en excuse, si l'on veut bien, la méchanceté universelle que j'ai découverte trop tôt. Mon frère handicapé marchait désarticulé dans la rue, et je voyais les regards. Cet immigré derrière qui, un jour, alors qu'il n'avait rien dit ni fait, une affreuse vieille tordit le cou en criant :“Sale Arabe !”Après, ce fut mon tour. Alors, quand les serpents persiflent, une défense consiste à les stupéfaire de brillant, enfin, d'une tentation de brillant. Ils sont vaincus, mais l'élan en nous, aussi p...
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