Les prétendants, roman
EAN13
9782246757511
ISBN
978-2-246-75751-1
Éditeur
Grasset
Date de publication
Collection
LITTERATURE FRA
Nombre de pages
376
Dimensions
20 x 14 x 0 cm
Poids
376 g
Langue
français
Code dewey
843
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I?>Prologue?>?>Printemps 2007?>C'était un dimanche comme les autres. Félix était chez son père. On était fin mai et il commençait à faire beau. Aucun doute. Les vacances allaient occuper l'essentiel de la conversation du dîner que ma sœur et moi avions institué une fois par mois avec nos parents. Fallait-il que je n'aie rien d'autre en tête pour anticiper une soirée que je vivais tous les ans à la même époque, depuis des années ! Je ressentis une bouffée de mélancolie : il ne se passait décidément rien dans ma vie. A part le bien-être de mon fils Félix et l'angoisse de mes patients, j'étais vide, sans passions. Pourtant je me persuadai qu'il n'y avait aucun mal à savourer cette routine familiale dont je déroulai le scénario.Marie et moi nous retrouverions dans la cour à neuf heures moins cinq pour nous complimenter sur nos tenues avant d'affronter l'indifférence de notre mère qui semblait ne jamais remarquer nos efforts pour satisfaire ses exigences vestimentaires. Le dîner du dimanche constituait une gageure en termes de style. Car nous devions y apparaître à la fois élégantes et décontractées, c'est-à-dire en tenue de ville mêlée d'un relâchement de bon ton, ou en sportswear mâtiné de haute couture. Un casse-tête où excellait ma sœur.A table, une fois que nous serions allés en délégation dans la cuisine chercher les plats préparés la veille par le cuisinier, la conversation se dirigerait invariablement sur l'étéà venir.— Encore les mêmes invités ! soufflerait plaintivement mon père.Ma mère, somptueuse liane brune en chignon et en « robe d'intérieur », concept désuet qui conjuguait robe de chambre et robe du soir, se défendrait en ripostant qu'elle faisait de son mieux. Ne se donnait-elle pas assez de mal comme ça pour renouveler les cadres ! Il n'était pas si facile, malgré les apparences, d'inviter tous les ans des gens bien élevés, intéressants, qui aient de la conversation et ne soient pas des pique-assiettes. Puis elle se raviserait, faisant mine de capituler :— Au fond, tu as raison. Mais je n'ai pas... Mes dernières tentatives... Rappelle-toi Joy, Moïra ou Samuel... La greffe n'a pas... n'a pas pris ! Ils ont l'air charmant et puis... un désastre.Marie et moi nous regarderions pour vérifier que nous ne rêvions pas. Comme d'habitude, personne d'autre que nous ne paraîtrait remarquer le phrasé haché, hésitant de notre mère. Au point que le relever nous range rait déjà dans le camp de la malveillance. Mais notre échange de regards se limiterait à cette constatation afin de ne pas gâcher l'évocation de notre maison d'été.Car, pour nous, le bonheur y résidait.A l'abri du temps, dans sa bulle de luxe et de légèreté. Nous en parlions avec fierté, à la manière dont les gens ordinaires évoquent « l'original » de la famille ou le personnage haut en couleur qu'ils ont le privilège de connaître et de côtoyer.L'Agapanthe n'était pas une simple maison de vacances faisant la part belle à l'enfance, fabriquant son lot de nostalgie et de souvenirs à coups de confiture, de pain perdu et de genoux écorchés. Non. Tel un paquebot, la maison exigeait, en saison, un personnel nombreux et des voyageurs. Bref, c'était ce qu'il était convenu d'appeler une « bonne maison ».Un euphémisme d'un snobisme éhonté qui faisait référence aux quelques demeures de cet acabit à travers le monde, alliant le luxe, un goût sûr, un art de vivre, et que le personnel qualifiait pour sa part de « grande » maison, comme ils auraient dit les « grandes familles » ou les « grands hôtels ». Chacun d'entre eux aurait pu en faire la liste en Corse, au Mexique, à Corfou, ou en Hollande, en un inventaire plus confidentiel que celui des palaces d'Europe qui s'affichaient dans les guides et les magazines, sans pour autant les définir d'un mot ou préciser ce qu'elles avaient en commun.En vrac, l'on y trouvait toujoursdes monte-charge,des chambres froideset des tableaux de sonnettes correspondant aux chambres,des camionnettes pour aller faire le marché,
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