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  • Conseillé par (Libraire)
    21 octobre 2022

    En 1956, l’écrivain Romain Gary recevait le prix Goncourt pour "Les racines du ciel". En 1975, Émile Ajar reçoit le prix Goncourt pour "La vie devant soi". Ce n’est qu’à la mort de l’écrivain, en décembre 1980, qu’on découvrira que Romain Gary publiait sous deux identités.

    Delphine Horvilleur évoque Gary et son œuvre dans sa préface. Elle est née quand Gary a commencé "à signer du nom de l’Autre" et lorsqu’il se donne la mort, "J’ai alors à peine six ans […]. J’apprends à lire". Depuis lors, elle ne cesse plus de lire l’œuvre de Gary/Ajar", persuadée d’y trouver "une clef d’accès à sa vie". Gary est son "dibbouk", comprenez "un revenant qui vous colle à la peau ou à l’esprit, un être qui vous est attachée à la vôtre pour une raison mystérieuse", un "au-delà de soi". Avec sa double identité, Gary/Ajar torpille toutes les obsessions identitaires de notre temps, qui menacent notre société et "qui nous empêchent d’être autre chose que notre naissance a dit de nous". Horvilleur relève tous ces "nous" qui voudraient définir que nous sommes un seul, une seule identité, alors que nous sommes plusieurs, que nous appartenons à plusieurs entités : nom, langue, couleur de peau, sexe, religion, parti politique.
    Évidemment, la rabbin qui parle l’hébreu ne pas se priver d’en évoquer quelques subtilités, comme ce verbe être qu’on peut "conjuguer au passé et au futur", mais pas au présent. "Tu peux ‘avoir été’ et tu peux être ‘en train devenir’ mais tu ne peux absolument pas ‘être’… ni binaire, ni non-binaire, ni homme, ni femme". Impossible, donc, de trouver dans la Bible une rassurance identitaire !
    Elle a aussi trouvé dans le Talmud l’histoire d’Elisha Ben Abouya, "un enfant de la maison d’étude", qui rompt avec la religion, s’éloigne de l’ascèse de l’étude pour jouir des plaisirs de la chair jusqu’à ce qu’une prostituée qui croit l’avoir reconnu lui dise "tu ne peux pas être celui-là, : toi, tu es un autre !". Après quoi, il se choisit le nom que la femme lui avait donné et sous lequel il est connu dans le Talmud : Ah’ar. Que Gary se soit choisi le pseudo d’Ajar, "c’est à dire Ah’ar … à une lettre près" est bien sûr un hasard !!!
    Dans le monologue qui suit et qui est destiné à être lu au théâtre, Delphine Horvilleur imagine un fils d’Émile Ajar qui écrit à son père. Le lecteur est invité à le rencontrer dans son "trou juif".
    Delphine Horvilleur joue de l’humour juif, de son talent de conteuse, de son incontestable judéité pour dire quelques horreurs qu’on ne supporterait de personne d’autre, de son métier de rabbin pour nous glisser quelques éléments de sermons, de son érudition. De son goût évident pour la pas de côté.
    Le texte est présenté au théâtre, et pour continuer sur les identités, c’est une comédienne, Johanna Nizard qui interprète Abraham Ajar. La rabbin Delphine Horvilleur est une remarquable conteuse, ceux qui ont eu l’occasion d’entendre sa voix ne seront pas très étonnés qu’il leur semblera l’entendre alors qu’ils la lisent. Encore une histoire de dédoublement...


  • Conseillé par (Libraire)
    7 octobre 2022

    IDENTITES ET TOLERANCE

    En prenant comme prétexte Romain Gary et son " double " Emile Ajar, l'auteure nous parle d'identité, ou plutôt d'identitéS. Le S fait toute la différence car selon Delphine Horvilleur nous en avons plusieurs, imprégnées de nos filiations, de nos rencontres, de nos lectures...
    Un essai court mais dense, qui nous interroge sur nous-mêmes et sur les autres avec beaucoup de tolérance.


  • Conseillé par
    29 septembre 2022

    Delphine Horvilleur signe le scénario d’un spectacle à voir cet automne au théâtre sur la place parisienne. Pour le plaisir, de découvrir ce texte dans l’intimité de son propre univers, Il n’y a pas d’Ajar est un conte brillant sur cette illusion qu’est le concept, brandi de toutes parts, de l’identité.
    Présentation complète ici
    https://vagabondageautourdesoi.com/2022/09/21/delphine-horvilleur-il-ny-a-pas-dajar/


  • Conseillé par
    21 septembre 2022

    identité

    Delphine HORVILLEUR imagine le fils d’Emile AJAR qui s’en prend violemment à toutes les obsessions identitaires du moment.

    Encore une fois, la seule rabbin de France touche juste, et j’ai senti que cette question de l’identité, ou plutôt des identités lui tenait à coeur.

    Un texte court mais fort et non dénué d’humour, dont j’ai surligné pleins de passages.

    Quelques citations :

    Le refus de Gary de se laisser définir par une identité ou une seule définition de soi à beaucoup à voir, à mon sens, avec sa judéité. D’une certaine manière, sa défiance à l’égard de l’identité fait de lui un auteur très juif.

    … s’assurer de n’être jamais complétement soi-même, en rendant toute sa place à l’étranger en soi. Savoir ainsi, où que l’on se trouve, qu’on ne sera jamais complètement à la maison.

    Parce que le message (d’Abraham) était on ne peut plus clair : Quoi qu’il arrive, hors d’Ur tu es, hors d’Ur tu resteras !

    Je suis pour polluer toutes les “identités”. Pour que puisse à nouveau circuler la conscience claire de tout ce que l’existence doit au mélange.

    Bref, en hébreu, tu peux “avoir été” et tu peux “être en train de devenir”, mais tu ne peux absolument pas être… ni binaire, ni non binaire, ni homme, ni femme. Tu as été et tu deviendras, mais tu es forcément en plein dans ta mutation. En clair, l’hébreu, c’est la langue des trans.

    Un bon traumatisme, ça s’imprime sur plusieurs générations. Ca dégouline sans gêne. Mais si y’avait pas eu la Shoah, on n’aurait jamais pu le savoir. On doit tant à l’Allemagne.


  • Conseillé par (Libraire)
    6 septembre 2022

    De Gary-Ajar au wokisme d'aujourd'hui

    A partir du personnage d'Abraham Ajar, fils fictif de Emile Ajar, le double littéraire de Romain Gary qui a obtenu deux prix Goncourt, l'auteur nous parle d'identité, d'exclusion, d'appropriation culturelle. On ne peut parler ou écrire que sur ce que nous sommes ; les Blancs ne peuvent parler de la condition des Noirs, etc... Le "wokisme" fait rage et l'auteure nous démontre combien celà réduit la pensée et les différents points de vue.
    Beaucoup d'humour et de dérision et, allant au-delà de ses opinions en se mettant dans la peau d'Ajar !
    Réjouissant de la part d'une rabbin !